Le journalisme, c'est l'histoire instantanée. Et l'histoire dans la zone de crise, c'est ce qui doit être raconté, peu importe le danger.
L’Est de la République Démocratique du Congo est englué dans une crise humanitaire prolongée, dont les ramifications s’étendent bien au-delà des affrontements militaires. Au cœur de cette tourmente, le journalisme d’investigation environnementale se révèle être un exercice périlleux, voire un acte de résistance.
La région est une poudrière où les conflits armés se nourrissent de l’exploitation illégale massive des ressources naturelles – minerais, bois précieux et faune – par des groupes criminels et des milices. Dénoncer ces réseaux expose les journalistes à des dangers extrêmes.
Le triple mur des difficultés
Le reporter environnemental dans l’Est de la RDC fait face à un triple mur de défis : la sécurité, les ressources et l’accès à l’information.
Couvrir la déforestation illégale, le braconnage ou l’exploitation minière illicite signifie se heurter de front à des acteurs puissants. Nous sommes fréquemment la cible de menaces et d’intimidations émanant non seulement des milices armées, mais parfois même d’individus liés à l’administration locale. En zone de conflit, la quête de la vérité écologique est synonyme de risque physique constant.
« Le journalisme d’enquête est exigeant et coûteux », explique Don Patrick Makiro. Or, nos rédactions locales souffrent d’une faiblesse chronique en ressources financières et logistiques. Les reportages approfondis sont entravés par l’impossibilité d’accéder aux zones reculées, faute d’équipements adéquats ou de fonds pour le transport.
Cette difficulté est accentuée par un manque de formation spécialisée. La complexité des questions environnementales – climat, biodiversité, droit foncier – nécessite des bases scientifiques et techniques solides dont peu de journalistes locaux bénéficient pour bien informer le public.
Enfin, la difficulté d’accès à l’information entrave notre travail. Les autorités et les acteurs économiques impliqués maintiennent souvent une opacité qui protège les activités illégales.
Les conséquences de ces conflits sur l’environnement sont dévastatrices et immédiates, reléguant souvent les enjeux écologiques au second plan des préoccupations nationales.
Le cas du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB) est emblématique : une zone touristique transformée en zone de conflit. Elle devient un lieu d’exploitation massive du bois et des minerais par des groupes armés, entraînant une déforestation alarmante, la pollution des sols et la disparition d’espèces emblématiques, comme le gorille de plaine de l’Est.
De plus, la crise génère une pression démographique intense dans les zones de refuge, où la survie des déplacés passe par la coupe de bois de chauffage et l’agriculture de subsistance, exacerbant la déforestation face à l’urgence humanitaire.
L’instabilité politique crée un sentiment d’impunité totale. Malgré les arrêtés provinciaux interdisant l’exploitation illégale, l’absence de l’autorité de l’État mène à la catastrophe. Des hippopotames sont abattus à volonté dans la plaine de la Ruzizi et personne n’est inquiété, en dépit des alertes lancées par les acteurs environnementaux.
« Le combat pour l’information environnementale dans l’Est de la RDC est donc intrinsèquement lié au combat pour la paix et l’application de la loi ». C’est ce que déclare la Synergie des Journalistes pour le Développement Durable, SYJD asbl.
- Christian Buh