L’approche novatrice de BADAM : Au-delà du simple don
En République Démocratique du Congo, le financement de l’éducation reste un défi colossal pour des milliers de familles. Pourtant, sur la colline de Muhinzo à Mbobero, dans le territoire de Kabare, une lueur d’espoir persiste. L’organisation « Bâtisseurs d’Amour » (BADAM), portée par l’artiste Esther Kubisibwa, vient de poser un acte fort en faveur de la scolarité des enfants vulnérables, tout en misant sur l’autonomisation financière des parents.
À Mbobero, comme dans de nombreuses entités de la province, la précarité socio-économique fragilise le parcours scolaire. Ce jeudi 15 mai, lors d’une descente sur le terrain, un constat frappant a été fait : aucune figure paternelle n’était présente pour accompagner les enfants. Cette absence n’est pas un désintérêt, mais le reflet d’une survie difficile : les pères sont contraints à l’exode vers d’autres coins pour chercher de quoi nourrir leurs familles.

Dans ce contexte, le Complexe Scolaire « Don de Dieu » fait figure de symbole. Cette école privée agréée, née de la volonté de l’entrepreneur Namurhobo Makangara Immaculée, a grandi dans la douleur. Entre bâtiments de bois et constructions en dur entamées grâce à l’effort des parents, l’établissement scolarise aujourd’hui des centaines d’élèves, dont 300 au niveau de l’école primaire et 38 au secondaire. Mais pour beaucoup de ces enfants, le risque d’abandon est permanent faute de moyens.
L’approche novatrice de BADAM : Au-delà du simple don
L’organisation « Bâtisseurs d’Amour » ne se contente pas de distribuer des bourses. Sous l’impulsion d’Esther Kubisibwa, responsable de l’ASBL et artiste engagée, l’intervention se veut durable.
Cette année, 13 élèves ont pu clôturer leur année scolaire sans litige financier. Mais la grande nouveauté réside dans l’accompagnement des parents. S’inspirant de la « Parabole des Talents », Madame Kubisibwa a remis à chaque parent bénéficiaire un fonds de démarrage pour une Activité Génératrice de Revenus (AGR).

L’objectif est clair : permettre aux familles de fructifier ce petit capital pour qu’elles puissent, à l’avenir, assumer elles-mêmes les frais de scolarité, même en l’absence de donateurs. « Planter l’amour sur la colline de Mbobero », tel est le leitmotiv de cette initiative qui lie l’aide d’urgence au développement à long terme.
Un engagement multisectoriel
L’action de BADAM ne s’arrête pas aux salles de classe. L’année dernière déjà, l’organisation s’était illustrée à la maternité de Cahi, en payant les factures de femmes bloquées après l’accouchement. À Mbobero, c’est une cohorte de 13 nouveaux élèves qui vient d’être intégrée au programme de soutien pour lutter contre la déperdition scolaire.
Nyota Mugaruka, s’exprimant au nom des parents, a tenu à remercier chaleureusement les « Bâtisseurs d’Amour ». Pour elle, ce geste est un souffle de vie qui permet à l’enfant et au parent de relever la tête.

L’histoire de la rencontre entre Immaculée, la promotrice de l’école, et l’artiste Esther Kubisibwa montre que la synergie entre personnes de bonne volonté peut transformer une communauté. Dans un pays où l’éducation demeure un casse-tête, l’exemple de Mbobero prouve que l’entrepreneuriat éducatif, couplé à une solidarité intelligente (basée sur l’autonomisation plutôt que sur la dépendance), est une voie de sortie durable.
Alors que d’autres activités sont déjà planifiées pour soutenir les plus vulnérables, l’appel est lancé : la jeunesse de Kabare a du talent, elle n’attend que des bâtisseurs pour l’aider à s’épanouir.
- Ruphin Balolebwami