Dans les artères vibrantes de Bukavu, une réalité sombre et de plus en plus visible suscite une vive préoccupation : la prolifération et la consommation de substances présentées comme des stimulants sexuels, des aphrodisiaques ou des drogues « améliorant » la performance. Disponibles à chaque coin de rue ou presque, des produits aux noms divers, dont le tristement célèbre « Makasu », circulent et s’ancrent dans les habitudes, particulièrement masculines, au prix de lourds périls pour la santé et le bien-être.
La tentation est grande. Dans une société où la pression sur la performance sexuelle peut être forte et où l’accès à des soins médicaux spécialisés est limité ou coûteux, ces produits de rue offrent l’illusion d’une solution rapide et abordable. Promettant une vigueur décuplée ou la résolution de problèmes de dysfonctionnement, ils s’adressent à une quête légitime de bien-être intime, mais l’engrenage dans lequel ils entraînent est redoutable.
La dangerosité de ces substances réside d’abord dans leur opacité. La composition de ces pilules, poudres ou mixtures vendues sous le manteau est souvent inconnue et échappe à tout contrôle sanitaire rigoureux. Il peut s’agir de mélanges hasardeux de substances chimiques, de doses excessives de médicaments détournés de leur usage initial (potentiellement périlleux pour le cœur ou la tension artérielle), d’extraits végétaux non vérifiés ou contaminés, voire de véritables stupéfiants créant une dépendance rapide et destructrice. Le « tout réseau », cité comme exemple, est symptomatique de cette offre informelle et incontrôlée dont les effets réels et les risques sont largement méconnus du consommateur.
Les conséquences de cette consommation peuvent être dramatiques pour la santé. Au-delà des effets secondaires immédiats (maux de tête, vertiges, palpitations, nausées), l’usage régulier expose à des risques graves : accidents cardiovasculaires (infarctus, AVC), dommages aux organes vitaux, troubles neurologiques, dérèglements hormonaux… Et, paradoxalement, loin d’améliorer durablement la vie sexuelle, ces produits peuvent entraîner ou aggraver des problèmes de dysfonctionnement sur le long terme, créant une dépendance psychologique forte. « L’utilisateur se sent incapable d’avoir une relation sexuelle sans sa « béquille chimique », minant sa confiance en soi et sa santé mentale », indique un médecin.
Mais le coût n’est pas seulement physique ou psychologique. L’addiction ou l’usage régulier pèsent lourdement sur les finances personnelles et familiales, entraînant parfois la précarité. Les mensonges nécessaires pour cacher cette consommation érodent la confiance au sein du couple et de la famille, menant à des conflits et à l’isolement.
Il est fondamental de briser le silence autour de ce phénomène et de déconstruire le mythe de la performance à tout prix obtenue par des moyens dangereux. La véritable santé sexuelle est intrinsèquement liée au bien-être général, physique et psychologique. Elle ne se trouve pas dans des substances de rue dont l’origine et la composition sont douteuses.
L’appel est urgent selon un médecin rencontré dans sa structure sanitaire :
- Sensibiliser : Informer sans jugement sur les dangers réels de ces produits.
- Orienter : Encourager les hommes confrontés à des difficultés sexuelles à consulter des professionnels de santé (médecins, urologues, psychologues) qui peuvent offrir des solutions adaptées, sûres et durables.
- Réguler : Les autorités sanitaires et sécuritaires doivent renforcer le contrôle de la circulation de ces substances illicites et dangereuses et sanctionner les vendeurs.
Le commerce de ces « mirages de virilité » met en péril des vies et des familles. Il est temps que Bukavu se mobilise pour faire reculer cette menace et rappeler que la santé et la confiance en soi sont les véritables piliers d’une vie épanouie, loin des promesses mortifères vendues dans la rue.
- La rédaction