La Terre est notre seule oasis, notre seul vaisseau spatial. Elle est d'une fragilité absolue et d'une beauté infinie.
À l’occasion du « Mois Vert », une coalition de journalistes et d’experts se mobilise à Bukavu pour transformer le récit environnemental. Entre urgence climatique et défis urbains, la presse locale s’arme de nouvelles compétences pour passer de l’alerte à la solution.
La capitale du Sud-Kivu suffoque. Entre une urbanisation galopante et une démographie en explosion, la « ville verte » d’autrefois fait face à un miroir brisé. C’est dans ce contexte critique que s’inscrit l’initiative du Mois Vert, un temps fort de sensibilisation visant à replacer l’écologie au cœur du débat public, avec un levier stratégique : les médias.
Une ville au bord de l’asphyxie
Le constat dressé par les observateurs est sans appel. Bukavu est aujourd’hui le théâtre de défis environnementaux qui menacent sa survie à long terme ? I s’agit entre autres de l’invasion plastique. Face à des infrastructures d’assainissement obsolètes et des poubelles publiques quasi inexistantes, les déchets solides saturent l’espace urbain.
Le lac Kivu en otage. Les cours d’eau, transformés en dépotoirs à ciel ouvert, déversent leur toxicité dans le lac, exposant les riverains à des risques sanitaires majeurs.
Avec la tragédie des pluies, on note l’obstruction systématique des caniveaux par les immondices et cela transforme chaque forte averse en inondation meurtrière. La pression humaine dévore les espaces forestiers, fragilisant les sols et menaçant la riche biodiversité de la province.
Face à cette « hémorragie » environnementale, la riposte s’organise par l’information. Sylvie Nabintu, point focal média du projet Bukavu Ville Verte, martèle l’objectif : « Il s’agit de renforcer les compétences des journalistes pour améliorer l’impact de leurs productions. Nous devons passer du simple constat à une analyse qui incite à l’action ».
Pour Natasha Mingu, de la RTNK, cette immersion permet d’explorer de nouveaux angles de plaidoyer. Il ne s’agit plus seulement de rapporter une catastrophe, mais de développer des techniques de reportage et d’investigation capables de bousculer les politiques publiques.

Un réseau de sentinelles pour le climat
L’initiative ne se limite pas à la théorie. Sous la houlette d’intervenants de renom tels que les Professeurs Kacho Karume et Jean Mondo, ainsi qu’Egide Kitumaini, vingt journalistes issus de la presse écrite, de la radio et du web apprennent à décrypter les enjeux locaux et mondiaux.
Déogratias Cubaka, de Terra Nova RDC, voit déjà les fruits de cette synergie : « Les participants ne repartent pas seulement avec des connaissances, mais avec la volonté de créer un réseau solide de journalistes engagés pour le climat et la biodiversité. »
Vers une gouvernance urbaine responsable
L’enjeu final de ce « Mois Vert » est d’impulser une réponse collective. En mettant en lumière les initiatives locales de transformation des déchets et en dénonçant les rejets industriels incontrôlés, les médias espèrent forcer une meilleure gouvernance urbaine.
La presse du Sud-Kivu ne se contente plus d’observer la tempête ; elle apprend désormais à orienter la boussole vers des solutions durables. Car si le diagnostic est sombre, la mobilisation médiatique, elle, est porteuse d’un espoir : celui de voir Bukavu redevenir, enfin, une ville verte, la Suisse d’Afrique.
- Ben Mugisho