Un soleil de plomb. Un lieu de rassemblement bondé. Les habitants d’Uvira ont soif, et leur soif n’est pas que physique. Lors d’un débat public organisé par la SYMUF (Synergies des Médias pour l’Union des Forces), soutenu par la Coopération suisse (DDC), la crise de l’eau potable dans la ville a été mise à nu.
Entre factures exorbitantes, service quasi inexistant, et risques d’insécurité pour les femmes et les filles, le droit fondamental à l’eau est devenu un combat quotidien.
La REGIDESO face à un déluge de défis techniques

M. Rusimbana Musafiri, le chef de centre de la REGIDESO d’Uvira, a ouvert les échanges en dressant un tableau sombre. L’entreprise est prise entre le marteau et l’enclume : un approvisionnement électrique intermittent (seulement trois jours par semaine) et un groupe électrogène de 300 KVA « totalement insuffisant » pour alimenter les quartiers les plus élevés. « Nous dépendons des décisions prises à des échelons supérieurs, provinciaux et centraux, pour les investissements nécessaires », a-t-il précisé, soulignant que ses mains sont en grande partie liées.
Mais ces explications n’ont pas apaisé la colère de la population. M. Mafikiri Mashimango, de la Coordination Nouvelle Société Civile, a pointé du doigt les dons de carburant récents de la part d’organisations comme le CICR : « Pourquoi, malgré ces aides, la REGIDESO reste-t-elle incapable de répondre aux besoins ? » Son homologue, Alphonse Mufariji (MCLA), a ajouté un autre enjeu : la qualité de l’eau distribuée, qui, selon lui, est de plus en plus douteuse.

L’insécurité, un coût caché de la pénurie
Le débat a révélé les conséquences tragiques de cette crise. Une mère de famille, à bout de nerfs, a partagé son fardeau : l’eau ne coule qu’une fois par semaine chez elle, mais sa facture reste « astronomique ». Une autre a dénoncé une facture de 30 000 Francs Congolais pour un service inexistant.
Le témoignage le plus poignant est venu du Président du Conseil Urbain de la Jeunesse, M. Issa Mustapha. Il a mis en lumière un drame souvent ignoré : « La REGIDESO envoie souvent l’eau la nuit, entre 23h et 2h du matin. Des jeunes filles sont violées en allant la puiser. » Une jeune habitante de Kilomoni a confirmé cette triste réalité, déplorant que l’eau n’arrive que deux fois par mois et mettant en péril leur hygiène, leur santé et leur sécurité.

Un appel à la responsabilité politique
Le Maire ad intérim d’Uvira, M. Kifara Kapenda Kyky, a reconnu la pertinence des problèmes soulevés. Il a salué le débat comme un « bel exercice démocratique » et a tourné le regard vers les citoyens eux-mêmes. Il a mis en avant la responsabilité politique des élus, soulignant qu’il n’y a pas assez de représentants pour porter ces défis.
Son message a été clair et direct : « C’est vous qui choisissez vos représentants. Interrogez-les sur leurs programmes concrets avant de les élire, ne votez pas pour un T-shirt ou un sac de riz. Cela perpétue un cycle de problèmes sans fin. »

Vers un avenir plus transparent ?
Le débat s’est conclu sur un engagement de la société civile à accompagner la REGIDESO pour plaider auprès des autorités supérieures en faveur de solutions structurelles. Des recommandations ont été formulées, notamment la mise en place d’un mécanisme de contrôle citoyen des factures et la promotion d’une plus grande transparence dans la gestion du dossier de l’eau.
Cet événement a démontré l’urgence d’agir. Au-delà des difficultés techniques et financières, c’est la dignité, la santé et la sécurité de milliers d’Uvirois, particulièrement des femmes et des filles, qui sont en jeu. Les habitants d’Uvira attendent maintenant que les engagements pris se concrétisent, pour que le droit à l’eau potable ne soit plus un luxe, mais une réalité. alyssa milano nude Kylie Angel

- Egide Kitumaini