Comment les ONG et les partenaires au développement pourraient-ils adapter leurs stratégies pour soutenir efficacement les AVEC dans ce contexte de crise ?
Dans les territoires de Kabare et Kalehe, au Sud-Kivu, une crise écologique majeure se déroule sous nos yeux : la déforestation et la surexploitation des forêts atteignent un niveau alarmant. Ces phénomènes menacent gravement l’intégrité d’une aire protégée, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO d’une valeur inestimable. Selon de récentes estimations, près de 300 hectares de forêt auraient déjà été décimés dans ces territoires.
Selon Mr Jacques de l’asbl ECPD, cette destruction forestière n’est pas l’œuvre d’une cause unique mais résulte d’une combinaison complexe de multiples pressions. Parmi celles-ci figurent des pratiques agricoles non durables comme la culture itinérante sur brûlis, la présence et l’afflux de groupes armés qui exploitent illégalement les ressources, l’accroissement démographique, l’accès insuffisant à l’électricité dans les centres urbains et ruraux qui pousse au recours massif au bois de chauffe, l’exploitation forestière illégale organisée, et l’expansion non contrôlée des pâturages et plantations.
La vulnérabilité humaine au cœur du problème
Cependant, derrière ces facteurs, une analyse en profondeur révèle que l’action des populations locales riveraines, incluant les peuples autochtones Pygmées et les populations Bantoues, joue un rôle significatif dans cette destruction (coupe pour le bois de chauffe/braise, braconnage). Mais, comme le souligne l’article, cette participation est souvent dictée par la nécessité absolue, motivée par la recherche d’un bien-être socio-économique minimal face à des conditions de vie extrêmement précaires.
Les conditions de vie difficiles de ces populations, et en particulier des peuples autochtones, constituent la cause profonde de leur dépendance vis-à-vis des ressources du Parc. Le manque d’accès à l’eau potable, à l’éducation, aux soins de santé décents, l’insécurité alimentaire chronique, l’habitat indécent, le manque d’autonomisation économique, l’absence d’encadrement technique adapté (agropastoral, valorisation des produits forestiers non ligneux comme le miel ou les plantes médicinales) et des conflits fonciers non résolus, notamment ceux opposant les Pygmées au Parc, créent une situation où le PNKB devient, par défaut, une source vitale (mais menacée) de survie. Ce manque criant de soutien et de sécurisation foncière est vu comme la cause fondamentale de la destruction.
Des conséquences désastreuses, locales et globales
Les conséquences de cette déforestation et de cette surexploitation sont multiples et désastreuses, à toutes les échelles. Au niveau local, elles entraînent la dégradation des sols, l’insécurité alimentaire accrue et la diminution de la production économique. Au niveau régional et global, elles contribuent directement au déséquilibre environnemental, au réchauffement climatique, à la perte irréversible de la biodiversité et à la multiplication des catastrophes naturelles, comme les glissements de terrain tragiquement observés récemment à Kalehe. L’article souligne que la situation des peuples autochtones, loin d’être les seuls responsables, est un défi humain et social majeur, intrinsèquement lié à la destruction des écosystèmes du PNKB.

Appel à une réponse intégrée : allier conservation et développement communautaire
Face à l’urgence de cette crise complexe, une Coalition regroupant plusieurs organisations (ECPD, FAIM ZERO, MEPROC-OMBUDSMAN) s’est engagée à promouvoir des solutions qui s’attaquent aux causes profondes et allient impérativement conservation et développement humain.
La déforestation et la surexploitation dans les territoies de Kabare et Kalehe ne sont pas un problème purement environnemental, mais le symptôme de la vulnérabilité profonde des populations locales. Trouver une solution durable implique de combiner la protection résolue du Parc avec des investissements massifs et coordonnés dans le développement socio-économique et l’autonomisation des communautés riveraines, en particulier des peuples autochtones. C’est en agissant sur ces multiples fronts que l’on pourra espérer sauvegarder ce patrimoine mondial et assurer un avenir plus sûr et plus digne pour tous dans les territoires de Kabare et Kalehe.
- E-K