Alors que le monde célèbre chaque 3 mai la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, un moment privilégié pour réaffirmer les principes fondamentaux d’une information libre et indépendante, une voix expérimentée s’est élevée depuis Mambasa pour sonner l’alarme. Au-delà des menaces externes bien connues, c’est la fragilité interne de la profession qui préoccupe certains acteurs majeurs du paysage médiatique local.
Mr Rashidi Salimini Rasho, présenté comme un « doyen » et rattaché à Radio Communautaire Amkeni Mambasa, a adressé un message teinté de gravité à ses confrères et consœurs. Il y souligne la complexité du sujet de la liberté de la presse à l’heure actuelle, estimant que les défis ne se limitent plus aux difficultés d’accès à l’information fiable ou aux menaces et intimidations physiques.
Selon lui, un mal plus profond gangrène la profession : la presse elle-même serait devenue vulnérable à l’achat et à la manipulation. Monsieur Rashidi dépeint un tableau préoccupant où certaines rédactions travailleraient « au desiderata » – selon ses termes – des sources d’information ou de leurs patrons financiers, au détriment de l’intérêt général et de la vérité.
Il pointe du doigt des médias en ligne prêts à glorifier ou à dénigrer une entité ou une personne en échange d’une rétribution financière, sans tenir compte des principes déontologiques fondamentaux du journalisme. Plus encore, il déplore des situations où, contre un simple « pot-de-vin », certains médias se transformeraient en « avocats » ou « défenseurs judiciaires », vantant les mérites d’individus ou d’organisations pourtant répréhensibles. La dictature des sources sur le contenu, au lieu d’une démarche journalistique basée sur des angles d’investigation, est également fustigée. Une pratique particulièrement alarmante mentionnée est l’abandon de sujets d’intérêt public, faute de « sou » (argent), démontrant que l’information serait parfois traitée comme une simple marchandise.
Face à ce constat sévère, le message de Rashidi Salimini Rasho résonne comme un cri du cœur et un appel urgent à la prise de conscience : « PRENONS CONSCIENCE CHERS CONFRÈRES ! NOUS AVONS PERDU NOTRE PLACE DE 4e POUVOIR ! », lance-t-il, soulignant la démission potentielle de la presse de son rôle de contre-pouvoir essentiel au bon fonctionnement d’une société démocratique et transparente.
Dans ce contexte interne difficile, la profession est également appelée à se saisir des enjeux soulevés par le thème international de cette année pour la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, axé sur l’impact de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Un sujet d’avenir qui invite à développer la réflexion et le débat, mais qui ne saurait détourner l’attention des impératifs éthiques et de l’indépendance éditoriale.
Le plaidoyer de ce doyen de la presse à Mambasa, partagé en ce jour symbolique, est un rappel brutal mais nécessaire. Il souligne que la liberté de la presse ne se décrète pas seulement ; elle se gagne et se maintient au quotidien par l’intégrité, l’éthique et le refus de toute compromission. Un message qui invite l’ensemble de la corporation à une introspection collective pour restaurer la confiance du public et réaffirmer le rôle indispensable d’une presse véritablement libre et indépendante.
- La rédaction