La communauté médiatique de Bukavu porte le deuil de Monsieur Dieudonné Malekera, affectueusement connu de tous sous le nom de Malik. Dans un récit empreint d’émotion, son confrère Désiré Lubago Nendaka, figure emblématique de la presse locale à travers ses journaux Kivu Safari et Mediatours, ouvre le livre de ses souvenirs pour nous offrir un portrait intime et respectueux de cet homme qui a marqué le paysage journalistique de la région.
L’histoire de Malik s’est tissée loin de Bukavu, à Kisangani, où il a fait ses premiers pas dans le monde de la presse avant de rejoindre le Journal JUA, sous la direction de Mutiri wa Bashara. Bien que leurs chemins professionnels n’aient pas toujours emprunté les mêmes rédactions, le destin a réuni Malik et Désiré Lubago, deux hommes d’une même génération, partageant les mêmes défis et les mêmes passions. Leur point de rencontre privilégié fut l’imprimerie « Kivu Presses », lieu de convergence de plusieurs titres de la presse locale, mais aussi les événements qui ponctuaient la vie de leur profession.
Leurs liens ne se limitaient pas au monde du travail. Bukavu, leur ville, avait déjà scellé leur histoire commune sur les bancs du Collège Alfajiri. Désiré Lubago se remémore les années d’études partagées avec Malik et son frère Symphorien, une période insouciante précédant la séparation de leurs chemins en 1972.
C’est au sein de la confraternité journalistique que leurs liens se sont véritablement renforcés. L’imprimerie « Kivu Presses » fut le témoin de leurs échanges, de leurs collaborations, chacun œuvrant à sa manière pour informer et éclairer l’opinion. Désiré Lubago évoque avec une pointe de nostalgie les titres qui animaient les rotatives, du Journal JUA, où Malik officiait avec une prédilection pour la chronique sportive, à ses propres créations, Kivu Safari et Mediatours, dont la longévité témoigne de leur ancrage dans le paysage médiatique local. Il n’oublie pas de mentionner d’autres voix importantes de l’Archidiocèse de Bukavu, des titres tels que Le Volcan, Shujaa ou encore Le Souverain, dans sa version originelle.
Ce qui frappe le plus dans le souvenir que Désiré Lubago garde de Malik, c’est sa rigueur intellectuelle et professionnelle. Malik était un pur produit de la presse écrite, un univers où la concision, la précision et l’art de la légende sont primordiaux. Cette exigence, cette quête de la justesse, faisaient de lui un professionnel respecté, parfois même perçu comme distant ou autoritaire par une jeune génération de journalistes moins familière avec ces impératifs.
Désiré Lubago reconnaît la nature collaborative du travail en rédaction, mais il ne peut s’empêcher de regretter le niveau parfois lacunaire des écrits des jeunes recrues, qui nécessitaient souvent une reprise en profondeur par des figures comme Malik. Leurs discussions animées tournaient fréquemment autour de l’éthique et de la déontologie, des piliers essentiels d’une profession souvent mise à rude épreuve.
Au-delà de la technique, c’est la passion pour leur métier qui unissait Malik et Désiré Lubago. Une passion parfois ingrate, tant les récompenses matérielles sont modestes dans le contexte local. Ils partageaient cette amère constatation que la presse servait souvent de tremplin pour d’autres carrières, plus lucratives ou socialement valorisées.
Le témoignage de Désiré Lubago prend une tournure mélancolique lorsqu’il évoque la disparition progressive des figures emblématiques de la presse écrite bukavienne, emportant avec elles un précieux savoir-faire et une expérience irremplaçable. Il dresse une liste émouvante de ces confrères disparus, rendant hommage à leur contribution à l’histoire du journalisme local.
Enfin, dans un élan de solidarité confraternelle, Désiré Lubago Nendaka attire l’attention sur la situation préoccupante de Deo Ruhamya, Directeur-Éditeur du « Courrier du Kivu », gravement malade. Il lance un appel vibrant à la communauté médiatique pour lui apporter un soutien moral et financier.
À travers les mots de Désiré Lubago Nendaka, se dessine le portrait d’un homme, Dieudonné « Malik » Malekera, dont l’engagement, la rigueur et la passion pour le journalisme resteront longtemps gravés dans la mémoire de la presse bukavienne.
- E-K