C’est un véritable dénouement pour les usagers du tronçon routier reliant Miti à Bulambika, dans le territoire de Kalehe. Après des mois de tracasseries financières imposées par des hommes en armes, plus de huit barrières viennent d’être supprimées, redonnant un souffle de liberté aux voyageurs et aux commerçants de la région.
Un système de rançonnage institutionnalisé
Depuis plus d’un an, traverser cet axe routier relevait du parcours du combattant. On ne dénombrait pas moins de 15 barrières sur cette voie vitale pour l’économie locale. Le passage y était conditionné par un paiement systématique : chaque voyageur devait débourser entre 2 000 FC et 3 000 FC par poste de contrôle.
Cette situation contrastait violemment avec la période précédant les tensions actuelles, où les prélèvements aux postes des FARDC ne dépassaient pas les 100 FC. L’escalade des tarifs, imposée par divers porteurs d’armes, avait fini par asphyxier une population déjà meurtrie par l’insécurité.
Le fruit d’un plaidoyer acharné
Ce « ouf » de soulagement est le résultat direct d’une mobilisation citoyenne. La société civile locale a multiplié les plaidoyers auprès des autorités provinciales et militaires pour dénoncer ces pratiques illégales qui s’apparentaient à un pillage organisé.
La décision de démanteler ces barrières a été actée lors d’une réunion de sécurité stratégique, présidée par l’Administrateur du territoire de Kalehe, entouré des autorités militaires, des leaders communautaires et des représentants de la société civile.
Entre soulagement et prudence sécuritaire
Si la suppression de ces postes est saluée, certains voyageurs restent nuancés. Sous couvert d’anonymat, un usager régulier de la route confie :
« Nous sommes heureux de circuler plus librement. Cependant, certaines barrières, notamment celles protégeant l’entrée du Parc National de Kahuzi-Biega, restent nécessaires pour notre sécurité. Le problème n’est pas toujours la présence du garde, mais le prix demandé. »
Pour beaucoup, une contribution symbolique de 500 FC, strictement dédiée au soutien des forces de sécurité et à la protection de la biodiversité, serait bien plus acceptable que les sommes exorbitantes exigées jusqu’ici.
Un espoir pour la stabilité
En libérant cet axe, les autorités marquent un point important dans la restauration de l’autorité de l’État. Pour les habitants de Bunyakiri et de Kalehe, l’espoir est désormais que cette mesure soit pérenne et que la circulation des biens et des personnes ne soit plus jamais entravée par des intérêts privés armés.
- Ben Mugisho