L'éléphant de forêt est le jardinier invisible du Bassin du Congo ; sans lui, nos forêts perdent leur âme et leur capacité à protéger le climat mondial.
Le Parc National des Virunga (PNVi) vient de frôler une perte irrémédiable. Dans la zone de Nyakakoma, située au cœur de la chefferie de Bwisha, un éléphant a été lâchement abattu par des hommes armés non identifiés. Si les assaillants ont réussi à extraire l’ivoire du pachyderme, leur entreprise criminelle a été stoppée net par la réactivité des forces de l’ordre environnemental.
Le drame s’est produit au cours de la semaine, dans cette partie du secteur centre du parc, réputée pour sa biodiversité mais malheureusement en proie à l’activisme de groupes armés. Profitant de l’insécurité résiduelle, les braconniers ont pris pour cible l’un des géants de la savane, symbole de la richesse naturelle de la République Démocratique du Congo.
Après avoir abattu l’animal, les malfaiteurs ont entamé le prélèvement des défenses, espérant alimenter les réseaux de trafic illicite d’ivoire qui financent souvent la violence dans la région.
L’alerte a été donnée grâce au système de surveillance du parc. Les éco-gardes de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), en patrouille dans le secteur, sont intervenus promptement.
Un échange de tirs nourri s’est ensuivi, forçant les assaillants à abandonner leur butin macabre pour s’enfuir dans la forêt dense. Grâce à cette intervention musclée, l’ivoire a été récupéré et mis en sécurité par les autorités du parc, empêchant ainsi les braconniers de tirer profit de leur crime.
Cet incident rappelle la pression constante que subit la faune dans le territoire de Rutshuru. Le braconnage des éléphants, au-delà de la perte d’une espèce protégée, constitue une attaque directe contre le patrimoine mondial que représente le Virunga.
L’éléphant est un « ingénieur de l’écosystème » ; sa disparition perturbe l’équilibre de la flore et des autres espèces animales. Le lien entre le trafic de ressources naturelles et l’instabilité sécuritaire n’est plus à démontrer.
Les leaders de la chefferie de Bwisha et les organisations environnementales appellent une nouvelle fois à une collaboration accrue entre les communautés locales et les services de sécurité. « Protéger le parc, c’est protéger notre avenir et notre dignité nationale », rappelle un acteur de la société civile locale.
Une enquête est actuellement en cours pour identifier les auteurs de cet acte et démanteler le réseau de complicité qui favorise de telles incursions dans l’aire protégée.
- Ruffin Balolebwami