Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a annoncé, le 2 juin 2025, la suspension conservatoire de la médiatisation des activités du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) et de ses membres pour une durée de 90 jours sur l’ensemble du territoire national.
Cette décision, prise lors de la 37ème réunion ordinaire du bureau du CSAC, intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la sécurité nationale et l’unité congolaise.
Les fondements juridiques de la décision
Le CSAC a justifié cette suspension en se référant à plusieurs textes fondamentaux de la République Démocratique du Congo. Parmi ceux-ci, la Constitution (articles 23, 24 et 212) garantissant la liberté d’expression mais aussi encadrant ses limites pour préserver l’ordre public. La Loi organique n°11/001 du 10 janvier 2011 régissant la composition et le fonctionnement du CSAC, ainsi que l’Ordonnance-loi n°023/009 du 13 mars 2023 relative à l’exercice de la liberté de la presse, ont également été invoquées. Enfin, le Règlement Intérieur du CSAC et une Directive du CSAC d’août 2020 relative aux manquements des professionnels des médias ont appuyé cette décision.
Des raisons de sécurité et de cohésion nationale
La suspension fait suite à un Arrêté ministériel du 19 avril 2025 portant suspension des activités du PPRD. Le CSAC a pris en compte les rapports circonstanciés du Centre de Monitoring des Médias Congolais, notamment le rapport N° 035/CSAC/CMMC-CAN/06/KWK/COORDO/2025 du 2 juin 2025, relatif à l’arrivée à Goma de l’ancien Président Joseph Kabila Kabange et aux consultations menées dans l’Est du pays.
Le CSAC a souligné que, malgré la suspension de leurs activités par le gouvernement, les membres et cadres du PPRD ont multiplié les messages médiatiques. Ces messages sont jugés « susceptibles de troubler l’ordre public et briser l’unité des Congolais ainsi que la cohésion nationale ».
Plus grave encore, l’acte du CSAC accuse le PPRD de « participation avérée à des actes de déstabilisation, d’incitation à la violence et de complicité active avec des mouvements terroristes responsables de massacres ». Il est également mentionné que l’autorité morale du parti, Joseph Kabila Kabange, est « identifiée par les services compétents comme le parrain idéologique et financier de l’AFC/M23, mouvement terroriste », et que ses apparitions médiatiques « constituent une menace directe à la paix, à l’ordre public, à l’unité et à la cohésion nationale ».
Le CSAC estime que l’activisme des autorités du PPRD démontre une « accointance flagrante de complicité avec les rebelles et les agresseurs », justifiant ainsi la prise d’une mesure conservatoire d’urgence.
Les implications de la suspension
Concrètement, cette suspension de 90 jours interdit la médiatisation des activités du PPRD et de ses membres sur l’ensemble du territoire national. L’Article 2 de l’acte du CSAC enjoint toutes les chaînes de télévision et de radio (publiques ou privées), la presse écrite et numérique, les sites web, les réseaux sociaux et autres canaux de communication en RDC de ne plus accorder d’espace aux membres, communicateurs, cadres du PPRD, ni à son autorité morale, Joseph Kabila Kabange. Toute infraction à cette directive entraînera des « sanctions plus lourdes conformément à la Loi ».
L’Article 3 interdit formellement de diffuser, relayer, commenter, promouvoir ou médiatiser, sous quelque forme que ce soit, les activités, déclarations, messages, images, slogans, réunions ou interviews du PPRD.
Cette décision majeure du CSAC soulève des questions importantes sur la liberté de la presse et la sécurité nationale en RDC, dans un climat politique et sécuritaire déjà tendu. Le Procureur Général près le Conseil d’État et les autres services compétents sont désormais chargés de veiller à l’application de cette mesure.
- E-K