Sous le soleil de Bukavu, dans l’effervescence d’un atelier à ciel ouvert, une métamorphose s’opère. Ghislain Mahame Francis y manipule une matière incandescente qui, sous l’effet d’un savoir-faire précis, se fige en un pavé robuste. Ici, point de ciment : c’est le plastique, hier fléau de la ville, qui devient aujourd’hui le socle de ses futurs espaces urbains.
À 26 ans, Ghislain Mahame ne se contente pas de porter son diplôme en santé publique de l’Université Officielle de Bukavu (UOB). Ce jeune visionnaire a choisi de soigner l’environnement pour protéger l’humain. Initiateur de Kijana Innovation Green, il transforme une problématique majeure — l’invasion des déchets plastiques menaçant l’écosystème du lac Kivu — en une opportunité de développement durable.
Un engagement forgé sur le terrain
Tout commence en 2023. Fraîchement diplômé, Ghislain refuse l’inertie face aux montagnes de déchets qui étouffent la capitale du Sud-Kivu. « Le plastique était omniprésent, et les solutions, quasi inexistantes », confie-t-il.
L’intellectuel se fait alors artisan. Pour passer de la théorie à la pratique, il se forge une expertise technique auprès de structures telles que la Caritas et l’Association des Jeunes Bâtisseurs. Cette immersion lui permet de maîtriser l’ingénierie du recyclage et de la valorisation thermique des polymères.
Kijana Innovation Green : La jeunesse en première ligne
Le nom de son entreprise sociale n’est pas un hasard. « Kijana » (le jeune, en swahili) incarne cette génération qui refuse de subir et choisit d’agir. Aujourd’hui, Ghislain coordonne une chaîne de valeur complète : de la collecte à la production, en passant par la sensibilisation dans les écoles. Pour lui, l’éducation environnementale est le corollaire indispensable de la transformation technique.
Une prouesse technique et écologique
Le processus est rigoureux. Les plastiques sont collectés aux points névralgiques de la pollution, comme les marchés de Beach Muhanzi ou de Kadutu. Bouteilles, sachets, bidons et même vieilles chaussures en plastique sont triés, fondus puis moulés.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour produire 1 000 pavés, l’équipe parvient à soustraire environ 1,8 tonne de plastique de la nature. Avec une cadence actuelle de 100 unités par jour, ces matériaux offrent une alternative durable et esthétique pour l’aménagement des parcelles et des espaces publics.
Défis et horizon : transformer le déchet en trésor
Le parcours n’est pourtant pas sans embûches. Le passage de l’idée à l’industrialisation se heurte aux contraintes financières et au manque d’équipements motorisés. Mais la reconnaissance est là : son passage remarqué à la Social Entrepreneurship Academy (SENTA) a consolidé sa stature de leader de l’économie circulaire dans la région.
Pour l’avenir, Ghislain voit grand. Il rêve de voir les routes secondaires et les cours d’écoles de Bukavu revêtues de ces pavés écologiques. « Nous voulons que chaque bouteille plastique soit perçue comme une ressource précieuse et non plus comme une souillure », martèle-t-il.
À travers Kijana Innovation Green, Ghislain Mahame Francis ne se contente pas de recycler ; il redonne de la dignité au paysage urbain. Il prouve qu’avec de l’audace et une conscience écologique aiguë, la jeunesse congolaise peut transformer les menaces environnementales en fondations solides pour les villes de demain.
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