Face à une crise humanitaire persistante dans l’Est de la RDC, l’art et la culture s’affirment comme des piliers essentiels de la résilience communautaire.
Thomas Lusango, un opérateur culturel de renom à Bukavu, explique comment son centre insuffle de la vie à travers la « Semaine Vibrante », une initiative audacieuse qui prouve que la création ne peut être muselée par l’adversité.
« La semaine vibrante » : un élan créatif et inclusif

La « Semaine Vibrante » est un événement foisonnant d’activités artistiques, conçu pour offrir une opportunité unique à la jeunesse, en particulier aux jeunes femmes âgées de 14 à 35 ans. Bien que l’accent soit mis sur les femmes (80% des participants), les hommes sont également inclus (20%), garantissant une dynamique mixte et enrichissante. Au programme : théâtre, cinéma, musique, danse, expositions, slam et humour.
Conscient des défis logistiques liés au contexte actuel, Thomas Lusango et son équipe ont adopté une approche proactive. « Nous sommes partis chercher les artistes dans leur tanière », explique-t-il, décrivant une démarche précédée par des sensibilisations porte-à-porte, une campagne médiatique et un appel à candidatures diffusé sur les réseaux sociaux. Pour Lusango, « Si nous ne faisons rien, personne ne le fera à notre place et du coup, il est difficile de croiser les bras. »

L’art comme thérapie et outil contre la désinformation
Au-delà de la simple expression artistique, ces activités ont des objectifs plus profonds : déstresser la population, lutter contre la désinformation et les rumeurs qui se propagent, et inciter les gens à penser positivement. La volonté de voir les femmes à l’avant-scène est particulièrement forte, car leur présence aide à véhiculer des messages porteurs d’espoir.
Chaque session débute à 14 heures au Centre Delia Ndaro et se termine à 17 heures. Cette « thérapie » par l’art est une approche qui s’adapte à la conjoncture actuelle. L’accès aux activités est fixé à un coût symbolique de 1500 francs congolais, rendant la culture accessible au plus grand nombre.

Un espace d’encadrement et de partage pour la jeunesse
Pendant les grandes vacances, le centre se transforme également en un espace de retrouvailles, visant à encadrer les jeunes et à lutter contre l’oisiveté. Thomas Lusango précise : « Ils jouent à la guitare, ils jouent au piano, ils fréquentent la bibliothèque et ceux de l’âge de 5 ans sont pris en compte également. »
Nyota Cemwenge Cynthia, responsable du programme « Echos des femmes », souligne l’importance de ces activités pour les enfants et les jeunes, qui « doivent avoir une bonne réflexion et être détraumatisés vis-à-vis des affres de la guerre. » La lecture est encouragée sur place, avec la possibilité pour les abonnés d’emporter des livres aux rubriques variées.
Un appel à la solidarité et à la sécurité

Le centre bénéficie actuellement du soutien de quelques partenaires qui prennent en charge certaines dépenses de fonctionnement, mais l’appel est lancé pour un soutien plus large. Lusango rassure la population quant à la sécurité du centre et invite tous les habitants de Bukavu à le fréquenter, ainsi que d’autres centres culturels de la ville, tels que 3 Tamis, Mama Shuja et Eka.
Il encourage également les artistes à continuer de créer, composer, initier des spectacles et les proposer au centre, affirmant que « l’inspiration est toujours là ». Enfin, Thomas Lusango lance un appel solennel aux autorités provinciales pour qu’elles garantissent la sécurité et la paix, conditions indispensables au développement culturel et socio-économique du Sud-Kivu.
- Egide Kitumaini