Bukavu, avec ses collines majestueuses et son regard permanent sur le lac Kivu, a longtemps étouffé sous le plastique. Mais le « Mois Vert » n’aura pas été qu’une simple parenthèse citoyenne : il semble avoir été l’étincelle d’une métamorphose urbaine plus profonde.
À Bukavu, le spectacle désolant des caniveaux étranglés par des bouteilles en plastique commence, doucement mais sûrement, à s’effacer des mémoires. Si le Mois Vert a servi de détonateur, c’est une véritable révolution des consciences qui s’opère désormais au cœur des foyers de la cité.
Ce qui était autrefois perçu comme une contrainte devient peu à peu un réflexe citoyen. Dans les artères d’Ibanda comme dans les quartiers populaires de Kadutu, une discipline inédite prend racine. Par rapport au tri au quotidien, legeste se précise. De plus en plus de ménages séparent désormais les déchets organiques des plastiques, comprenant que chaque détritus a sa place.
C’est la fin du « jetable » sauvage indique Patrick Makiro. Le temps où l’on jetait sa bouteille vide par la fenêtre d’un taxi est révolu. Selon ce journaliste environnementaliste, ce geste, autrefois banal, est aujourd’hui de moins en moins toléré par des passagers devenus gardiens de leur propre environnement.
Les services de ramassage et les associations locales voient leurs listes d’abonnés s’allonger. La propreté n’est plus vue comme une taxe, mais comme un investissement pour la santé publique.
La plus grande victoire de cet après « Mois Vert » est sans doute le changement de statut du plastique : d’ordure encombrante, il devient une ressource précieuse.
Partout dans la ville, l’économie circulaire prend son envol. Des entrepreneurs locaux transforment désormais ces résidus en pavés écologiques ou en objets utilitaires. Cette micro-économie naissante offre une perspective nouvelle à la jeunesse bukavienne : ramasser une bouteille n’est plus un acte de misère, mais une opportunité économique et écologique.
« Le Mois Vert a ouvert les yeux, mais c’est la constance des Bukaviens qui sauvera durablement le lac Kivu. »
Le défi reste de taille. Les infrastructures de recyclage industriel manquent encore à l’appel pour traiter les volumes massifs produits par une ville en pleine expansion. Cependant, l’élan est indéniable.
La « Perle du Kivu » semble enfin décidée à polir son éclat d’antan. En se débarrassant de sa gangue de plastique, Bukavu ne se contente pas de nettoyer ses rues : elle réinvente son identité, plus verte, plus fière et plus respectueuse de son patrimoine lacustre.
- Ben Mugisho