À Bukavu, un cycle mortel s’est installé entre les collines et le lac Kivu. Faute d’infrastructures adéquates, de nombreux ménages transforment les pluies en service de voirie pour leurs eaux usées. Un désastre écologique qui revient aujourd’hui dans nos assiettes, menaçant la santé publique de milliers de citoyens.
Dès que les premières gouttes de pluie s’abattent sur Bukavu, un rituel dangereux s’active dans plusieurs quartiers. Privés de fosses septiques aux normes, certains habitants profitent du ruissellement des eaux pour vider leurs latrines et évacuer leurs eaux usées.
Ces déchets, emportés par les caniveaux, finissent leur course dans le lac Kivu et la rivière Ruzizi. Ce qui semble être une solution de facilité pour un ménage devient un poison collectif pour toute la ville.
De l’égout à l’abattoir : un circuit à haut risque
Le danger ne s’arrête pas aux rives du lac. Dans ce circuit de la honte, la faune aquatique est la première touchée. Certains poissons se nourrissent directement de ces déjections humaines, s’imprégnant de bactéries pathogènes.
Plus alarmant encore : aux abords du lac et de la Ruzizi, certains abattoirs et bouchers de fortune utilisent cette eau souillée pour laver la viande de bœuf ou de chèvre. Le constat est glaçant : la viande que nous consommons est traitée avec l’eau que nous avons nous-mêmes polluée.
Le piège du « Arhafumwa » : le prix fort de la pauvreté
Dans les marchés de la ville, ces produits — poissons ou viandes — sont souvent vendus à vil prix. À Bukavu, l’expression populaire « Arhafumwa » (ce qui ne se refuse pas à cause du prix bas) attire les bourses les plus modestes.
Pourtant, ce gain dérisoire cache une facture sanitaire salée. Choléra, typhoïde et autres maladies d’origine hydrique guettent les consommateurs. Ce qui s’achète « moins cher » aujourd’hui se paie demain en frais médicaux, voire en vies humaines.
Urgence : briser le cycle
La « Perle du Kivu » ne pourra retrouver son éclat sans une gestion rigoureuse de ses déchets. Le défi est double :
- Urbanisme : Contraindre chaque ménage à se doter de fosses septiques hermétiques.
- Contrôle sanitaire : Interdire strictement l’usage des eaux de surface pour le traitement des denrées alimentaires dans les abattoirs.
Face à cette menace silencieuse, la sensibilisation doit être le moteur du changement. Car en polluant notre lac, c’est notre propre santé que nous sacrifions sur l’autel de la négligence.
- Or Stella