Il est temps d'intégrer pleinement la dimension de la santé mentale dans les programmes d'aide humanitaire
En cette Journée Mondiale de la Santé, alors que le monde entier se mobilise autour du thème de la santé pour tous, la situation dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) rappelle avec une acuité particulière l’interconnexion profonde entre le bien-être physique et mental, et les défis multiples auxquels sont confrontées les populations. Ici, la santé ne se résume pas à l’absence de maladie physique ; elle est intimement liée à un contexte de psychose généralisée, alimentée par une insécurité persistante et des difficultés socio-économiques et humanitaires chroniques.
Depuis des décennies, l’Est de la RDC est le théâtre de conflits armés, de violences intercommunautaires et d’exactions de groupes armés. Cette instabilité endémique a engendré une atmosphère de peur et d’incertitude constante, où la vie quotidienne est rythmée par la menace. Les populations vivent dans l’angoisse des attaques, des déplacements forcés, des pertes humaines et des violences sexuelles, laissant des cicatrices psychologiques profondes et durables.
Au-delà des blessures physiques visibles, c’est une épidémie silencieuse de troubles mentaux qui ronge les communautés. La psychose, terme souvent utilisé pour décrire l’état d’anxiété collective et de traumatisme profond, est une réalité palpable. Les habitants souffrent de stress post-traumatique, de dépression, de troubles anxieux, de troubles du sommeil et de bien d’autres affections psychologiques exacerbées par la précarité de leur existence.
Les difficultés socio-économiques viennent amplifier ce tableau sombre. La pauvreté endémique, le manque d’accès à l’éducation, aux soins de santé de qualité, à l’emploi et à une alimentation suffisante créent un terreau fertile pour le désespoir et la détresse psychologique. Comment envisager l’avenir sereinement lorsque la survie quotidienne est une lutte constante ? Comment maintenir un équilibre mental face à la perte de ses moyens de subsistance, à la séparation des familles et à la destruction de son tissu social ?
La crise humanitaire, avec ses vagues successives de déplacés internes, ne fait qu’aggraver cette situation. Les personnes déracinées, souvent traumatisées par la violence qu’elles ont subie, vivent dans des conditions de promiscuité et d’insalubrité dans des camps ou des sites d’accueil, où l’accès à un soutien psychologique est quasi inexistant.
En cette Journée Mondiale de la Santé, il est impératif de braquer les projecteurs sur cette urgence invisible qui frappe l’Est de la RDC. La santé mentale ne peut plus être considérée comme un luxe ou un aspect secondaire. Elle est un pilier fondamental du bien-être individuel et collectif, d’autant plus dans un contexte de crise prolongée.
Il est crucial de renforcer l’accès aux services de santé mentale dans la région. Cela passe par la formation de personnel qualifié, la mise en place de structures d’écoute et de prise en charge adaptées aux besoins spécifiques des populations, et la sensibilisation pour briser la stigmatisation qui entoure encore trop souvent les problèmes de santé mentale.
Les initiatives communautaires et les mécanismes traditionnels de soutien peuvent également jouer un rôle essentiel dans l’offre d’un premier niveau d’aide psychologique. Le renforcement des liens sociaux, l’écoute active et la solidarité au sein des communautés sont des facteurs de résilience importants.
En cette date symbolique, nous devons collectivement appeler à une action concertée des autorités congolaises, des organisations internationales, des acteurs de la société civile et de la communauté internationale. Il est temps d’intégrer pleinement la dimension de la santé mentale dans les programmes d’aide humanitaire et de développement dans l’Est de la RDC.
La Journée Mondiale de la Santé 2025 est une occasion de rappeler que la santé est un droit fondamental pour tous, y compris pour les populations de l’Est de la RDC, dont la souffrance psychologique, trop longtemps ignorée, mérite une attention et une action urgentes. N’oublions pas que derrière chaque statistique se cache une histoire humaine, et que la guérison des blessures invisibles est une étape essentielle vers un avenir plus stable et plus serein pour cette zone.
- La rédaction