L’ancien président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, a brisé son long silence ce vendredi 23 mai 2025 au soir, s’adressant à la nation pour la première fois depuis son départ du pouvoir.
Dans un discours qui a suscité de vives réactions, il a déclaré qu’il était temps pour lui de s’exprimer, craignant d’être « condamné par le tribunal pour non-assistance de plus de 100 millions de ses compatriotes en danger ».
Kabila a rappelé les conditions de la passation pacifique du pouvoir et l’accord FCC-CACH, dénonçant des « contre-vérités » et affirmant que l’accord de « mutualisation des forces » visait à donner à son successeur un pouvoir plus efficace. Il a ensuite dressé un tableau sombre de la situation socio-économique et sécuritaire du pays, déplorant ce qu’il appelle un « coup d’État institutionnel » de décembre 2020.
Un « pacte citoyen » aux douze points controversés
Face à la crise sécuritaire, l’ancien chef d’État a salué la démarche des évêques de la CENCO et de l’ECC, qu’il a jugée digne d’être « soutenue et enrichie ». Fort de son expérience, Joseph Kabila a proposé à la nation un « sursaut patriotique pour un pacte citoyen » en douze points, censé « tirer le pays du gouffre ».
Des accusations et des questions épineuses
Le discours de Joseph Kabila a également été l’occasion de dénoncer ce qu’il a qualifié de « diffamation » à son encontre concernant sa prétendue présence à Goma, annonçant son intention de se rendre « dans la ville volcanique dans les jours à venir ».
Cependant, cette prise de parole a immédiatement suscité une vague de critiques et de questions acerbes, notamment de la part de l’opinion publique congolaise qui n’a pas manqué de rappeler les bilans financiers et humains de ses 18 années au pouvoir.
Les détracteurs de l’ancien président mettent en lumière ce qu’ils appellent une « amnésie sélective » et une « audace qui frôle l’insulte à l’intelligence du peuple congolais ». Ils rappellent une période marquée, selon eux, par un « génocide de plus de 12 millions de Congolais », des « millions de femmes violées » et un « pillage systématique des ressources de la RDC ».
Des scandales financiers sont cités en cascade pour contredire l’image de « bon gestionnaire » que M. Kabila tente de projeter :
- Le scandale du paiement de la dette du Congo Brazzaville à la SNEL (32 millions de dollars), jugé à l’origine des délestages actuels.
- Des centaines de millions de dollars (300 millions et 786 millions) destinés à la police qui auraient « parti en fumée », laissant une force sous-équipée.
- Les 1,345 milliard de dollars engloutis dans les « cinq chantiers » sans infrastructures dignes de ce nom.
- La disparition de 300 millions de dollars censés riposter contre Ebola.
- Le contrat chinois de 30 milliards de dollars dont les retombées promises n’auraient pas bénéficié au peuple.
- Des projets emblématiques tels que le pont Lulua (145 millions), la réhabilitation de la MIBA (50 millions), la réforme de la COPIREP (450 millions) ou encore l’autoroute Kin-aéroport (125 millions), tous inachevés ou sans résultats probants.
- Des millions pour la voirie du Sankuru, les sinistrés, le « Go Pass », des parcs agro-industriels fantômes, et des « mille écoles » qui ne sont jamais sorties de terre.
- Des dépenses colossales pour la police (matériels anti-émeute, tenues) contrastant avec le manque d’équipement des forces de l’ordre.
- Des acquisitions douteuses, comme l’achat de 7 drones (800 millions) ou de 4 dépôts d’armement (456 millions), dont l’utilité reste floue.
- Les 2,8 milliards de dollars pour l’achat d’armes, dont une partie aurait servi à construire une cité luxueuse.
- Des sommes astronomiques pour la décentralisation, un recensement non abouti et des projets miniers (Katanga) dont les redevances (2 milliards de dollars) se sont évaporées.
- Le détournement de 453 millions de dollars via la BGFI BANK lors de l’organisation des élections de 2016.
- L’accusation la plus grave concerne les 730 millions de dollars qui auraient servi à la « création et au financement du M23 », dénoncée comme une « trahison » du peuple.
- Des projets fantaisistes comme l’acquisition d’un satellite (340 millions) jamais vu.
- La fuite de capitaux (13,9 milliards vers les Caraïbes et 4,7 milliards vers le Panama) pour le blanchiment d’argent.
- Des infrastructures énergétiques comme les barrages de Katende, Kakobola, ou la cimenterie de Kisangani, laissés en ruine malgré des financements importants.
Le discours de Joseph Kabila, qualifié de « manipulateur » par ses détracteurs, est vu comme une tentative de « réécrire l’histoire ». Le peuple congolais, confronté quotidiennement aux délestages, aux écoles délabrées, aux hôpitaux sous-équipés et aux routes impraticables, est appelé à ne pas « se laisser berner ». La voix de l’ancien président a ainsi ravivé les débats sur la reddition des comptes et la justice pour la RDC.
Comment cette prise de parole de l’ancien président influencera-t-elle le paysage politique et les discussions sur la gouvernance en RDC ?
- Chris B.