Patrick Namazihana, député national
Face à la dégradation continue de la situation sécuritaire et économique dans l’Est de la République Démocratique du Congo, Patrick Namazihana Baka wa Bana, député national a formellement interpellé le gouvernement central. Conformément aux dispositions constitutionnelles et au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, une Question Orale avec Débat a été adressée à Son Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières. L’objet de cette interpellation porte sur des mesures de migration prises par la Direction Générale de Migration (DGM) et le traitement qu’elles impliquent pour les Congolais en provenance de Goma et de Bukavu.
Dans le contexte actuel où l’intégrité du territoire national est gravement menacée par l’agression de l’armée Rwandaise et des rebelles du M23-AFC, les populations du Nord et du Sud-Kivu font face à d’immenses défis. L’insécurité grandissante, couplée à une économie quasi à l’arrêt, plonge les habitants de Goma et de Bukavu dans un calvaire socio-économique sans précédent, suscitant la vive préoccupation des élus nationaux.
Le Député interpellateur met spécifiquement en cause une note de la Direction Provinciale de la DGM Tanganyika, référencée N°06/G3/00/DGM/DPT/017/2025 et datée du 28 avril 2025. Ces mesures sont qualifiées de « très sévères et discriminatoires » et sont jugées susceptibles de « créer la frustration et la panique au sein de la population ». Cette situation est d’autant plus critiquable, selon l’élu, qu’elle intervient alors que « toute la nation se mobilise en signe de solidarité » avec les compatriotes de l’Est, victimes de conflits répétitifs depuis plus de trois décennies.
L’économie des villes de Goma et de Bukavu, traditionnellement extravertie et axée sur le commerce régional, est particulièrement touchée. Les habitants, connus pour leur vocation commerciale, peinent désormais à subvenir aux besoins essentiels de leurs ménages. Avec les banques souvent fermées et les activités économiques paralysées, ils sont contraints de chercher par tous les moyens le « pain quotidien ». Cela les pousse notamment à recourir à des documents de voyage (tels que les CEPGL) pour commercer avec les pays voisins de la région des Grands Lacs, quitte à ce que ces documents portent malheureusement le cachet d’une administration parallèle.
L’interpellation pointe également le traitement réservé aux déplacés de guerre fuyant Goma et Bukavu. Ces Congolais, cherchant refuge à Kinshasa parfois parce qu’ils sont « recherchés par les rebelles », sont soumis, à leur arrivée à l’aéroport international de N’djili, à de longues heures d’interrogatoire par la DGM. Pire encore, ils seraient « assimilés parfois aux rebelles sans la moindre preuve ou aux étrangers dans leur propre pays », un traitement jugé inacceptable pour des citoyens en détresse.
Face aux doléances de la population et considérant ces mesures unilatérales comme potentiellement contraires aux articles 13 et 30 de la Constitution, aux conséquences socio-économiques désastreuses pour les familles de Goma et Bukavu, le Député a formellement adressé une série de questions cruciales au Vice-Premier Ministre :
- Quelle solution concrète le Gouvernement préconise-t-il pour permettre les échanges commerciaux entre nos compatriotes de Goma et Bukavu (villes sous forte pression) et la province sœur du Tanganyika ?
- Que doivent faire ces citoyens pour se déplacer vers les pays voisins, les autres provinces du pays ou Kinshasa, sachant qu’ils ne peuvent plus obtenir de documents de voyage sans l’intervention, parfois, des rebelles ?
- Quelle est la motivation exacte de ces mesures ? Sont-elles conformes à la loi, et le Gouvernement les assume-t-il pleinement ?
- Quelles actions urgentes compte entreprendre le Gouvernement pour soulager le calvaire de ces populations ?
À travers cette démarche parlementaire, l’élu de Bukavu Baka wa Bana exprime l’espoir que les réponses « claires et précises » du Vice-Premier Ministre, ainsi que son « implication personnelle », permettront d’apporter un « dénouement » rapide et favorable à cette situation qui affecte si gravement les populations de Goma et Bukavu. La représentation nationale réaffirme ainsi son rôle de porte-voix du peuple et de contrôleur de l’action gouvernementale face à une crise humanitaire aux multiples facettes.
- La rédaction