Au cœur de la ville de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, une réalité déchirante se dessine au quotidien : l’exploitation des enfants dans des travaux domestiques éreintants et des activités commerciales à la sauvette, les éloignant inexorablement des bancs de l’école.
Jean Moreau Tubibu, éminent activiste des droits de l’homme, dénonce avec force cette pratique qui, sous couvert d’aide aux parents pour subvenir aux besoins du ménage, sacrifie l’avenir de toute une génération, particulièrement touchée par la crise humanitaire et économique liée aux conflits armés.
Dans les rues animées de Bukavu, il n’est pas rare de croiser des enfants, parfois très jeunes, portant des fardeaux lourds, vendant à la criée des articles divers ou des produits vivriers. Leur présence est le triste reflet d’une pauvreté endémique et d’une lutte acharnée pour la survie. Mais derrière cette image d’entraide familiale se cache une violation flagrante des droits de l’enfant.
Le piège de la survie immédiate : l’abandon scolaire
« Ces enfants, qui devraient être en classe, apprenant et jouant, sont forcés de devenir des pourvoyeurs pour leur famille, » s’indigne Jean Moreau Tubibu. Pour lui, cette situation n’est pas une simple « aide » mais une véritable exploitation qui hypothèque l’avenir de ces jeunes. « Ils abandonnent leur cursus scolaire, ce qui les enferme dans un cycle de pauvreté et de vulnérabilité. Comment peuvent-ils aspirer à une vie meilleure sans éducation ? »
La crise humanitaire et économique, alimentée par des années de conflits armés dans la région, a considérablement aggravé la situation. Les familles déplacées, celles ayant perdu leurs moyens de subsistance, ou simplement celles dont les revenus ne suffisent plus, se retrouvent acculées. Dans ce contexte désespéré, la « contribution » des enfants à l’économie du ménage devient, pour certains parents, une solution de dernier recours, une béquille pour « trouver à manger » au quotidien.

L’économie familiale au prix de l’enfance
Monsieur Tubibu insiste sur le fait que, si la solidarité familiale est une valeur essentielle, elle ne doit en aucun cas se faire au détriment de l’éducation et de la protection des enfants. « Booster l’économie du ménage ne devrait jamais signifier sacrifier le droit fondamental d’un enfant à l’éducation, à la santé et à un développement harmonieux, » martèle-t-il. « Ces enfants sont exposés à des dangers multiples : accidents, maladies, violences, et même abus, loin de la protection de l’environnement scolaire. »
L’activiste appelle à une prise de conscience collective et à une action concertée. Il exhorte les autorités, les organisations humanitaires et la société civile à intensifier leurs efforts pour soutenir les familles vulnérables, leur offrant des alternatives économiques durables qui ne reposent pas sur le travail des enfants. Il souligne également l’importance de renforcer les mécanismes de protection de l’enfance et de sensibiliser les communautés aux conséquences dévastatrices du travail des enfants.
Le plaidoyer de Jean Moreau Tubibu résonne comme un cri d’alarme : l’avenir de Bukavu et de la République Démocratique du Congo dépend de la capacité de la société à protéger et à investir dans sa jeunesse, en lui garantissant une enfance et une éducation, même au milieu des crises les plus profondes.
- Angel Nsim