Un présumé bandit tué arme à la main à Goma
Les provinces du Nord et du Sud-Kivu sont confrontées à une recrudescence alarmante des actes de « justice populaire ». Face à une insécurité persistante et au sentiment d’impunité, des foules en colère s’en prennent à des présumés voleurs et bandits à main armée, les tuant et, dans certains cas extrêmes, les brûlant vifs.
Cette violence spontanée et meurtrière, qui contourne les voies légales, soulève de vives inquiétudes quant au respect de l’État de droit et à la protection des droits humains fondamentaux.
La ville de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, a été le théâtre récent de tels événements. Dans la soirée du lundi 5 mai 2025, vers 21 heures, un incident est survenu dans le quartier Camp Zaïre, un secteur proche du Lycée Wima en commune de Kadutu. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, un groupe de jeunes hommes armés a fait irruption dans un bistrot et a brutalement dévalisé tous les occupants présents.
La propriétaire de l’établissement, témoin direct, a expliqué qu’un premier individu s’était introduit sous prétexte de commander une boisson, mais qu’il n’aurait pas consommé. Il aurait plutôt donné le signal à ses complices, qui sont arrivés peu après pour mener l’attaque et s’emparer de tout ce que les clients possédaient. Après leur forfait, les assaillants ont tiré plusieurs coups de feu en s’enfuyant, blessant un jeune homme du quartier.
Le cas du jeune blessé illustre parfaitement la complexité et les dangers inhérents à la justice populaire. Si certains habitants affirment catégoriquement qu’il n’est pas un bandit et n’a jamais été impliqué dans des scènes de vol, d’autres sources rappellent qu’un nom similaire avait été cité sur une liste de braqueurs présumés actifs quelques jours auparavant dans le quartier voisin de Kasali, également en commune de Kadutu.
Comme le souligne un leader local du quartier Kasali, « Dans la justice populaire, on trouve malheureusement des vrais bandits mais aussi des innocents ». En l’absence d’enquêtes approfondies et d’un procès équitable, des personnes non coupables peuvent être lynchées ou tuées sur la base de simples rumeurs ou dénonciations non vérifiées.
Ces événements tragiques, qu’il s’agisse des crimes commis par les bandes armées ou des représailles violentes et illégales de la foule, soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes de sécurité et de justice étatique dans l’Est de la RDC. Tant que la population n’aura pas pleinement confiance dans la capacité des forces de l’ordre et du système judiciaire à appréhender et juger les criminels de manière efficace et transparente, le recours à la justice populaire, avec son lot d’erreurs judiciaires potentielles et de vies innocentes brisées, restera une menace préoccupante à Bukavu, Goma et dans toute la région. Le jeune blessé par balle par ses coéquipiers serait interné à l’hôpital mais des jeunes de son quartier cherchent toujours à le lyncher d’après les dernières nouvelles. Shida sana !
- Kilo Eco