Leur place est à l'école
Dans la ville de Bukavu et ses environs, une préoccupation majeure s’exprime avec force au sein des familles et de la communauté : l’utilisation croissante d’enfants, parfois très jeunes, dans des travaux ménagers pour autrui ou dans la vente de divers articles sur les marchés et le long des avenues.
En cette période particulièrement difficile, marquée par une crise humanitaire persistante et une précarité accrue, des parents et des défenseurs des droits de l’enfant décrient fermement cette pratique, rappelant avec insistance un principe fondamental : la place de l’enfant est avant tout à l’école.
Il n’est pas rare de croiser, au cœur des marchés animés comme Kadutu ou Nyawera, ou le long des grandes artères de Bukavu, de jeunes enfants portant de lourdes charges, proposant des petits articles à la vente (sacs plastiques, arachides, sachets d’eau), ou visiblement employés à des tâches domestiques pénibles dans des foyers qui ne sont pas les leurs.
Cette réalité, visible au quotidien, est une source de grande inquiétude et de profonde tristesse pour de nombreux parents conscients des droits et des besoins fondamentaux de l’enfant. Ils dénoncent cette pratique qui, selon eux, vole littéralement leur enfance aux jeunes, les prive de leur droit essentiel au jeu, au repos et à un développement harmonieux. Pire encore, elle les expose à toutes sortes de dangers physiques, moraux, et au risque d’exploitation dans l’environnement parfois hostile de la rue ou des marchés.
L’École, Seul Lieu Sûr Pour L’Avenir
Certes, la crise humanitaire actuelle, avec ses corollaires de pauvreté extrême, de déplacements massifs et de perte de moyens de subsistance, peut malheureusement pousser certaines familles dans une situation de désespoir les amenant à dépendre de ces revenus d’appoint tirés du travail des enfants. Cependant, les parents interrogés et les organisations de la société civile insistent sur le fait que cette précarité ne saurait justifier de compromettre l’avenir d’un enfant en le privant d’éducation.
Leur message est clair, unanime et résonne comme un cri d’alarme : « La place de l’enfant n’est pas sur le marché, sous la pluie ou le soleil, ni à faire des travaux domestiques épuisants pour survivre. La place de l’enfant est à l’école ! »
Ils rappellent avec force que l’éducation est la clé de voûte du développement de l’enfant, le chemin le plus sûr vers un avenir meilleur et la garantie de leur épanouissement personnel et social. Envoyer un enfant travailler au lieu d’aller à l’école, c’est hypothéquer non seulement son futur, mais aussi celui de la communauté tout entière.
À travers leurs témoignages et leurs plaidoyers, ces parents de Bukavu et des environs lancent un appel vibrant à la conscience collective. Ils plaident auprès des autorités, des organisations humanitaires et de la communauté elle-même pour que, même en cette période difficile, la priorité absolue soit donnée à la protection de l’enfance et à l’accès universel et effectif à l’éducation pour tous.
Il est urgent de trouver des solutions pour soutenir les familles les plus vulnérables (aide alimentaire, subventions scolaires, activités génératrices de revenus pour les parents) sans que cela se fasse au détriment des droits fondamentaux des enfants. Ces derniers doivent être maintenus à l’école, là où est véritablement leur place pour apprendre, grandir, se développer pleinement et bâtir les fondations d’un avenir plus juste et prospère pour eux et pour la société.
- Ben Mugisho