Au-delà des bilans des combats et des vagues de déplacements, la crise humanitaire persistante dans le Sud-Kivu porte atteinte aux fondements mêmes de la résilience communautaire et de l’économie locale. Parmi les victimes silencieuses de cette instabilité figurent les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), ces mécanismes d’entraide et de financement endogènes qui jouaient un rôle vital dans la vie de milliers de foyers. Aujourd’hui, en raison des affres de la guerre, leur fonctionnement est sévèrement compromis, voire à l’arrêt dans de nombreuses localités.
Le principe des AVEC repose sur des rencontres régulières où les membres cotisent, épargnent et se prêtent de l’argent, créant ainsi un capital collectif redistribué périodiquement (les « ristournes »). Cependant, la violence et les déplacements massifs ont brisé ce modèle. Les membres, dispersés aux quatre vents dans des zones différentes pour fuir les combats, ne peuvent plus se réunir. Conséquence directe : les rencontres et la gestion collective ne sont plus opérationnelles, notamment dans la ville de Bukavu et ses environs, où la crise a particulièrement frappé.
La dimension financière de la crise au sein des AVEC est particulièrement préoccupante. Un membre de ces associations, Monsieur Heri Baleke, témoigne de la difficulté rencontrée par ceux qui avaient contracté des crédits avant la crise : « Plusieurs membres qui avaient contracté des crédits ont du mal à rembourser car plusieurs ont été victimes de pillage. » Ayant perdu leurs biens, leurs moyens de subsistance, ils sont dans l’incapacité d’honorer leurs engagements. Ce cercle vicieux est aggravé par le non-accès sécurisé aux banques ou COOPEC pour les AVEC elles-mêmes, entravant toute tentative de gestion ou de relance.
L’impact de cette crise sur les AVEC ne se limite pas à Bukavu ; il se fait sentir avec acuité dans d’autres territoires touchés, comme celui de Kalehe. Là aussi, les membres ont été victimes de pillages et se trouvent dans une situation de grande difficulté pour restituer les crédits reçus. « Nous sommes victime du pillage, des incendies et de difficulté de restituer les crédits en territoire de Kalehe », rapporte un membre de la région, soulignant le risque imminent de voir les membres perdre même les quelques biens meubles qui leur restent.
La situation à Kamanyola illustre une autre facette tragique de cette désintégration. Les activités des AVEC s’y sont gravement dégradées. Au-delà des déplacements massifs (certains membres ayant fui jusqu’au Burundi ou se cachant dans les montagnes), des cas douloureux de « mauvaise foi » sont rapportés, où des membres qui avaient fui avec l’argent du groupe refusent désormais de restituer les fonds de l’association, sapant la confiance, fondement même de ce modèle d’épargne communautaire.
Au-delà des mécanismes financiers, c’est tout le tissu économique et social des communautés qui est fragilisé. Ces activités d’épargne et de crédit maintenaient la vie économique des foyers et renforçaient les liens sociaux. Aujourd’hui, comme l’indique une source, « la communauté est fracturée et ne parvient plus à subvenir à ses besoins ».
Face à cette situation désastreuse, un appel pressant est lancé aux organisations de bonne volonté et aux ONG. Les membres des AVEC, conscients de l’importance capitale de ces structures pour la survie de leurs familles et de la communauté entière, demandent un appui financier pour pouvoir relancer leurs activités. Un fonds d’urgence ou de recapitalisation est perçu comme essentiel pour permettre à ces piliers de l’économie locale de redémarrer et d’offrir à nouveau une lueur d’espoir dans un contexte sombre.
Ce tableau de la crise humanitaire, dépeint à travers l’impact dévastateur sur les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit, nous est rapporté via le bulletin quotidien d’information humanitaire diffusé à la radio Gorilla FM, réalisé par le consortium RATECO-REMEL avec l’appui de Benevolencja Grands Lacs. Il souligne l’urgence d’agir pour soutenir ces mécanismes locaux de résilience, essentiels à la reconstruction post-conflit.
- La rédaction