Lourd tribut de la conservation en zone de guerre
Le sang a de nouveau coulé dans le sanctuaire écologique des Virunga. Deux écogardes de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) ont été lâchement abattus ce jeudi 21 mai 2026.
L’attaque, menée par un groupe armé lourdement équipé et non encore identifié, a visé aux premières lueurs du jour une position de l’ICCN située à Kamuhororo, sur la côte sud du lac Édouard, en plein cœur de ce parc national du Nord-Kivu.
Dans un communiqué officiel publié peu après le drame, l’ICCN a révélé l’identité de ces nouveaux martyrs de l’environnement : Kasereka Valyathire Baraka et Munguakonkwa Mihigo Jacques. Condamnant avec la plus grande fermeté cet « acte criminel », la direction de l’institution exige l’ouverture immédiate d’une enquête rigoureuse afin d’identifier les auteurs de l’assaut ainsi que leurs commanditaires.
Une guerre invisible pour les ressources
En République Démocratique du Congo, l’uniforme de garde forestier est devenu une cible prioritaire. Pris entre deux feux, ces soldats de la biodiversité essuient régulièrement les attaques de braconniers de grande envergure et de nébuleuses rebelles, tous attirés par l’exploitation illégale des ressources naturelles des aires protégées (charbon de bois, minerais, ivoire, pêche clandestine).
Le bilan humain est vertigineux : jusqu’en 2022, le Parc National des Virunga comptabilisait déjà plus de 200 morts dans ses rangs en l’espace de deux décennies. Depuis, la courbe de la violence s’est dramatiquement accélérée, s’étendant désormais au personnel civil des structures de conservation.
La gouvernance écologique face au défi sécuritaire
Cette recrudescence des violences s’inscrit dans un contexte sécuritaire profondément instable à l’Est de la RDC. Au-delà des armes, elle remet au centre du débat la question des modèles de gestion environnementale. De nombreux experts estiment aujourd’hui que le système de gouvernance écologique actuel, souvent calqué sur des schémas théoriques, s’avère inadapté aux dures réalités et aux dynamiques des contextes locaux.
Face à cette tragédie, l’ICCN refuse pourtant de fléchir. Malgré l’insécurité chronique et persistante qui ronge la région, l’institution a réaffirmé sa détermination inébranlable à poursuivre sa mission régalienne : protéger, coûte que coûte, le patrimoine naturel de la RDC, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
- Angel Nsim