Une formation cruciale pour un journalisme sensible aux conflits
En cette période de tensions accrues au Sud-Kivu, où le conflit continue de sévir, les professionnels des médias sont plus que jamais appelés à jouer un rôle fondamental dans la consolidation de la paix.
C’est dans ce contexte crucial qu’une vingtaine de journalistes de la région viennent de renforcer leurs capacités en journalisme sensible aux conflits, marquant une étape importante vers un traitement médiatique plus responsable et constructif.
Cette formation d’une journée, tenue à l’Hôtel Witness dans le quartier de Ndendere à Bukavu, s’inscrit dans le cadre du projet « Médias professionnels et inclusifs pour la promotion de la redevabilité sociale, de la démocratie, de la cohésion sociale et de la bonne gouvernance au Sud-Kivu ». Une initiative louable, pilotée par l’Association des Femmes de Médias (AFEM) et bénéficiant du soutien financier de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC).
Un rôle central, non pas dans la résolution, mais dans la réduction des conflits
Léon Baroani Misenga, formateur du jour et expert en la matière, a souligné avec insistance le rôle primordial, bien que nuancé, des journalistes. « Le rôle des journalistes n’est pas de résoudre le conflit, mais de le réduire », a-t-il affirmé. Pour ce faire, « le chevalier de la plume est invité à diffuser des informations qui sont exactes et impartiales », a-t-il ajouté, rappelant l’impératif de rigueur et d’objectivité.
M. Misenga a également mis en garde contre la superficialité, insistant sur la nécessité de creuser au-delà des déclarations publiques des parties prenantes. Comparant le conflit à un avocat, il a expliqué : « la peau, ce sont des déclarations politiques, des discours sans fondement ; mais la chair cachée constitue l’intérêt visé, qui n’est pas exprimé au premier contact. D’où, il faut éplucher le fruit pour parvenir à la vérité. » Une métaphore éloquente qui exhorte les journalistes à une analyse approfondie des racines des tensions.
Promouvoir la paix et lutter contre la désinformation

Madame Nelly Adija, chargée de programme chez AFEM, a rappelé à l’ouverture de la formation d’autres rôles essentiels du journaliste dans la promotion de la paix. Il s’agit notamment d’« informer de manière précise et équilibrée, d’encourager le dialogue, de donner une voix à toutes les parties y compris les plus vulnérables, tout en évitant la stigmatisation et la propagation des fausses informations ». Un engagement clair en faveur d’une couverture médiatique qui favorise l’entente plutôt que la division.
La session s’est clôturée par un exercice pratique stimulant, où les participants, sous la guidance du formateur, ont élaboré des phrases inclusives visant à contrecarrer les discours de haine, un fléau particulièrement prégnant en période de crise.
Au total, vingt-cinq journalistes ont participé à cette formation enrichissante : quatre venaient des territoires de Walungu et de l’Île d’Idjwi, et vingt-et-un de la ville de Bukavu. Le groupe était représentatif et diversifié, comptant quinze femmes et dix hommes, témoignant de l’engagement de l’AFEM pour l’inclusion dans le secteur des médias.
Cette initiative est un pas significatif vers un journalisme plus conscient de son impact et mieux armé pour naviguer les complexités des crises. En dotant les journalistes du Sud-Kivu des outils nécessaires pour un reportage sensible aux conflits, l’AFEM et ses partenaires contribuent activement à la construction d’une société plus pacifique et informée.
- Prosper Safari