Un verdict qualifié d’historique dans la lutte contre la corruption a été rendu ce mercredi 21 mai 2025 à Kinshasa. Augustin Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre de la République Démocratique du Congo, a été condamné à dix ans de travaux forcés par la Cour constitutionnelle.
Cette décision intervient pour son implication dans le détournement présumé de plusieurs millions de dollars destinés au parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, marquant une avancée symbolique, bien que controversée, dans le combat contre l’impunité des élites politiques congolaises.
Retour sur le scandale d’État du projet Bukanga Lonzo
Lancé en 2014 sous le gouvernement dirigé par Augustin Matata Ponyo, le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo était initialement présenté comme un projet pilote ambitieux, essentiel pour assurer la sécurité alimentaire en RDC. Son objectif principal était de moderniser l’agriculture, de réduire les importations alimentaires et de créer des milliers d’emplois en milieu rural.
Cependant, le projet s’est rapidement enlisé. Dès 2017, il a été marqué par des retards flagrants, des allégations de surfacturations et de détournements présumés, entraînant un arrêt brutal des activités. Selon les conclusions de l’Inspection générale des finances (IGF), plus de 205 millions de dollars américains de fonds publics auraient été mobilisés sans produire de résultats concrets sur le terrain.
La condamnation au sommet : un jugement de la cour constitutionnelle
Après de multiples rebondissements judiciaires, la Cour constitutionnelle s’est finalement déclarée compétente pour juger Matata Ponyo, en sa qualité de sénateur en fonction. Ce jugement intervient malgré d’intenses débats juridiques autour de l’immunité parlementaire du prévenu.
Dans son verdict, la Cour a reconnu la culpabilité de l’ancien Premier ministre pour détournement de fonds publics. Elle a souligné que son rôle de supervision et d’ordonnancement en tant que chef du gouvernement à l’époque constituait un facteur aggravant, en violation des principes de bonne gouvernance et des règles de passation de marchés publics.
Réactions partagées : entre acclamations et soupçons politiques
L’annonce de cette condamnation a suscité des réactions contrastées. Si certains saluent unanimement un « signal fort contre la corruption » et l’impunité des élites, d’autres y voient une décision à forte connotation politique. Ces derniers soulignent que Matata Ponyo était perçu comme une figure potentielle de l’opposition présidentielle en vue des prochaines échéances électorales.
L’Association Congolaise pour l’État de Droit (ACED) a d’ailleurs félicité ce qu’elle considère comme une « victoire de la justice », tout en appelant à ce que tous les autres acteurs impliqués dans cette affaire, y compris les anciens ministres et partenaires privés du projet, soient également poursuivis.
De son côté, la défense de Matata Ponyo a vivement dénoncé un « procès politique », annonçant son intention de saisir les juridictions internationales et de faire appel auprès des institutions africaines.
- Ben Mugisho