Le transport en commun sur l’important axe routier reliant Kavumu à Bukavu a été fortement perturbé en avant-midi de ce lundi 12 mai 2025. Cette situation tendue fait suite à l’application d’une nouvelle mesure interne, qualifiée d’unilatérale, prise par les responsables de l’Association des Chauffeurs du Congo (ACCO) de l’axe Kavumu.
Dès les premières heures de la matinée, les chauffeurs affiliés ont été informés d’une décision radicale : l’interdiction formelle de prendre des passagers en cours de route. Dorénavant, les taxis-bus ne sont autorisés à quitter le parking principal de départ que si tous les sièges à bord du véhicule sont occupés. Cette règle stricte vise, selon une source proche des responsables de l’ACCO, à « remettre de l’ordre dans leur travail » et à garantir une organisation plus rigoureuse des départs depuis le parking. « Désormais, aucun taximan ne sera autorisé à quitter le parking pour ramasser des clients en chemin », a confirmé cette source.
Des chauffeurs surpris et réprimés
Cependant, l’application de cette mesure a suscité une vive réaction de surprise et de mécontentement parmi les chauffeurs concernés, qui déplorent un manque de dialogue préalable. L’un d’eux, s’étant confié à notre rédaction (Gorilla FM), témoigne des conséquences immédiates de cette nouvelle règle.
« Nous avons été surpris par cette décision ce matin. Arrivé au parking, j’ai appris la mesure. Ne pouvant pas attendre indéfiniment que le véhicule se remplisse, j’ai pris la route comme d’habitude pour chercher des clients en cours de chemin », a-t-il expliqué. La suite fut brutale : « À ma grande surprise, les agents de l’ACCO m’ont pourchassé jusqu’à Inera et ont crevé trois de mes quatre pneus. »
Pour ce chauffeur, contraint à l’arrêt forcé et subissant un lourd préjudice matériel, la mesure est injuste, d’autant plus qu’elle intervient « en cette période où la situation socio-économique n’est pas rassurante ». Il appelle les responsables de l’ACCO à reconsidérer leur décision et à leur permettre de travailler comme auparavant.
Des passagers longtemps bloqués
Les premiers touchés par cette perturbation ont été les usagers de l’axe Kavumu-Bukavu. De nombreux passagers attendant aux arrêts habituels – de Businde à Miti, en passant par Mululu et Inera – ont enduré de longues heures d’attente. Une passagère rencontrée à Miti a témoigné de sa frustration : « J’ai passé près de 4h de temps en train d’attendre le bus. Tous les taxis bus qui passaient ne pouvaient pas s’arrêter car toutes les places étaient déjà prises au départ du parking. »
D’autres usagers interrogés sur place ont affirmé avoir manqué des rendez-vous importants, qu’il s’agisse d’obligations professionnelles pour certains ou de consultations médicales urgentes pour d’autres, tout cela à cause de ce blocage inattendu du transport.
Une « punition » pour les riverains loin du parking
La mesure est particulièrement mal vécue par les populations qui résident loin du parking principal et qui dépendent des taxis-bus pour se déplacer depuis des points d’arrêt intermédiaires habituels. Pour ces passagers, ne plus pouvoir monter en cours de chemin est perçu comme une « véritable punition ». Cette situation les oblige à rallonger considérablement leur temps de trajet, en devant marcher sur de longues distances pour rejoindre le parking de départ, augmentant ainsi, de facto, leurs « frais de transport » en termes de temps et d’effort physique.
En conclusion, si la mesure imposée par l’ACCO de l’axe Kavumu vise officiellement à apporter de l’ordre et une meilleure gestion du transport, son application unilatérale et les méthodes de répression employées ont engendré une perturbation majeure et un mécontentement généralisé. La situation a directement pénalisé les chauffeurs non consultés et, surtout, les nombreux passagers qui dépendent de cet axe vital pour leurs déplacements quotidiens entre Kavumu et Bukavu. Un dialogue urgent entre l’association des chauffeurs et les usagers semble indispensable pour trouver une solution qui permette de concilier l’organisation du travail des transporteurs avec un accès au transport public pour l’ensemble de la population riveraine de cet axe.
- Zagabe Ephrem