Des milliers de fidèles de la paroisse Saint Matthieu de Mugogo, chefferie de Ngweshe en territoire de Walungu au Sud-Kivu, a organisé ce mardi matin une procession pacifique très suivie.
Ce rassemblement, qui a mené les fidèles vers la chapelle de Lurhala, était un acte de prière, de prédication et de louange forte, mais aussi un témoignage de solidarité et un appel vibrant pour la paix dans cette partie du pays. Il s’inscrit en réponse à une période de troubles intenses attribués aux agissements d’une femme surnommée « Mujakazi ».
Décrite par la communauté comme une « féticheuse » (ou « Mujakazi »), cette femme, présentée comme originaire de Kabare, est accusée de semer la terreur dans la zone depuis plusieurs jours. Ses méthodes viseraient à diviser les familles locales à travers la diffusion de prophéties mensongères et d’accusations infondées.

Ses agissements prendraient également une forme d’extorsion organisée. Entourée de quelques jeunes complices présumés, elle ferait le tour des ménages, exigeant un paiement de 10 000 Francs Congolais, officiellement pour « entretenir la Mujakazi ». Pire, certaines familles seraient spécifiquement ciblées et accusées de cacher des « fétiches » dans leurs parcelles. Pour « retirer » ces objets prétendument maléfiques – que les accusateurs auraient eux-mêmes cachés selon des témoins – des sommes importantes, de l’ordre de 300 à 500 USD seraient exigées.
A en croire Mr Paulin Mushiarhamina, les accusations portées contre la « Mujakazi » incluent également des actes illégaux graves. Sa « chambre de prière » serait utilisée comme un cachot improvisé où des personnes seraient détenues de force, parfois pendant plus de 48 heures, en dehors de tout cadre judiciaire. « La semaine passée, cette campagne d’intimidation aurait spécifiquement ciblé des responsables de communautés de base, qui auraient été appréhendés de force », explique ce leader du coin très apprécié.
Les tensions sont montées d’un cran ces derniers jours. Depuis samedi dernier, la « Mujakazi » aurait corrompu des motards pour disperser la population pendant cette marche pacifique, notamment par des jets de pierres lors de rassemblements. Ce mardi matin même, des messages de menaces de mort visant directement le curé de la paroisse, des prêtres et leurs collaborateurs auraient circulé, ajoutant une inquiétude supplémentaire. Cependant, au début de la procession communautaire, les motards présumés impliqués dans ces intimidations auraient pris la fuite, visiblement intimidés par la foule mobilisée.

À travers cette marche pacifique vers la chapelle de Lurhala, la communauté de Mugogo exprime sa détermination à lutter par la foi et la solidarité contre les agissements qui minent sa cohésion et sa sécurité. Cette situation complexe, mêlant accusations de pratiques occultes, extorsion présumée, menaces et détention illégale, souligne la nécessité d’une intervention pour rétablir la paix et l’ordre dans cette partie de la paroisse et garantir la sécurité des habitants et de leurs leaders religieux. La communauté appelle à la prière pour que la paix soit rétablie dans leur paroisse et dans l’ensemble du pays.
- E-K