Mr Patrick Makiro, journaliste environnementaliste
Le statut de la République Démocratique du Congo (RDC) en tant que régulateur climatique mondial – souvent appelée « pays-solution » – a été au cœur des discussions de l’émission « Espace Vert » sur Radio Star.
Animé par Patrick Makiro, le débat a réuni des journalistes experts en conservation et environnement : Sylvie Nabintu, Egide Kitumaini et Désiré Lubago, qui ont décrypté les enjeux cruciaux de la COP 30 de Belém et répondu aux questions des auditeurs.
L’analyse unanime a souligné l’ambivalence de la position congolaise : entre l’espoir de financements massifs et la crainte d’une spoliation des ressources. Même la brève présence du président congolais (48h) a suffi à cristalliser l’attention sur les dilemmes qui traversent le pays.
Les journalistes ont insisté sur le fait que le pavillon de la RDC est un lieu où se rencontrent des craintes profondes, qu’elles soient internes ou suscitées par l’appétit international.
Et le cri des Peuples Autochtones ?

La principale inquiétude concerne la non-prise en compte des droits des communautés locales. Egide Kitumaini a rappelé que des millions de peuples autochtones pygmées crient leur opposition, disant « non à la vente de leur forêt ». Leur contestation vigoureuse dénonce l’accaparement des terres – souvent au nom de la conservation ou des crédits carbone – menaçant directement leur mode de vie et leur survie.
Sylvie Nabintu de Lifeinfo a mis en lumière le paradoxe sécuritaire : le pays est confronté à un « plus grand trafic d’espèces sauvages jamais vu », signalant que la faune congolaise est pillée dans une relative indifférence. Cette réalité expose l’incapacité de l’État à sécuriser ses propres ressources, rendant tout accord international fragile et potentiellement inefficace sur le terrain.
Face à ces menaces, la RDC capitalise sur son rôle vital pour la planète pour exiger une compensation juste à Belém, comme l’a expliqué Désiré Lubago. Selon ce doyen de la presse, l’aide européenne fait allusion à l’annonce du déblocage par l’Europe de 2,5 milliards de dollars pour sauver les forêts de la RDC. Cela constitue une opportunité majeure. Ces fonds sont attendus comme un levier puissant pour la conservation et la gestion durable. Cependant, les panélistes ont prévenu : l’efficacité de cette aide est conditionnée à une gestion transparente et doit respecter les droits de propriété des communautés, sans se substituer à eux.

La présence du chef de l’État a renforcé la position de la RDC comme un acteur central dans l’équation de l’eau. Dans un contexte de rareté croissante, les immenses réserves en eau douce du pays deviennent un enjeu très stratégique, conférant à Kinshasa un poids diplomatique croissant dans les négociations mondiales.
Le débat a conclu que la participation de la RDC à la COP 30 est un numéro d’équilibriste. Le pays cherche à monétiser son patrimoine naturel – le deuxième poumon du monde – pour son développement économique, tout en devant faire face aux pressions de sa propre société civile qui dénonce un modèle de conservation potentiellement prédateur.

Pour que les milliards de dollars promis ne servent pas uniquement à pallier les failles de gouvernance, l’enjeu crucial, selon Patrick Makiro, est d’assurer que le statut de « pays-solution » soit soutenu par une gouvernance forestière et environnementale souveraine et inclusive. Le défi de Belém est de transformer le financement en développement réel pour les populations, et non en simple prime de conservation qui laisserait les communautés marginalisées.
- Eco-Kilo